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Hip Hop Stories – Les labels – Rap-A-Lot Records

Podcast Rap-A-Lot Records – Hip Hop Stories Les Labels

I – Fast Facts

Avant que James Prince ne fonde Rap-A-Lot Records en fin d’année 1986, le son du sud des États-Unis était boycotté et méprisé. Les stations de radio de Houston de l’époque ne jouaient que ce que les dirigeants de l’industrie de New York leur avaient demandé.

Pour cette raison, Houston n’était qu’un prolongement de tout ce qui se passait à New York. Prince, un street hustler qui vendait des voitures exotiques à des gangsters et à des barons de la drogue, n’aimait pas la façon dont les choses étaient et a trouvé des moyens de créer des stations locales pour diffuser ses artistes.

James a fondé Rap-A-Lot pour garder son frère loin et l’un des membres fondateurs des Geto Boys, Sir Rap-A-Lot, loin de la violence de rue.

Comme Prince connaissait de nombreuses personnalités importantes par le biais de son travail dans l’automobile, il a réussi à se tailler une place de choix dans l’industrie de la musique.

II – Fondation

A/ J Prince avant le rap game

Issue des ghettos de Houston, à Fifth Ward, J Prince a grandi dans un environnement de pauvreté et de violence quotidienne. Il devient hustler de rue et gère un business de ventes de supercar. 

Fifth Ward, là où a grandi J Prince

Il voulait que son frère rappeur du nom de Sir Rap-a-Lot, reste loin de la vie de rue. Il lui fait une offre. Il lui construit un studio s’il ne reste loin de la rue et des activités criminelles. Son frère accepte et effectivement James crée un studio à Shepherd Street dans sa concession automobile. 

C’est comme ça qu’est né Rap-A-Lot Records. 

D’autres artistes ont commencé à venir au studio et c’est comme ça qu’il repère Raheem et Sire Jukebox. Deux jeunes qui s’essaient à rapper. Il convainc leurs parents d’emménager chez un ami à lui, NC Trahan. Et leur assurent que les deux jeunes termineront leurs études tout en faisant de la musique. Le groupe Ghetto Boys se forme à ce moment-là. 

Au début de Ghetto Boys, James n’était pas très impliqué dans leur carrière. C’est surtout son ami NC Trahan qui est derrière eux.

Mais la naissance de son fils va changer petit à petit sa mentalité. Et c’est surtout après avoir vécu une déception de par sa mère qu’il aura un électrochoc. Il découvre qu’elle est addicte au crack. En effet, elle le vole. 

Alors même qu’il a pu lui acheter une maison grâce à ses efforts. Il passe alors tout son temps les mois suivants au studio avec les Geto Boys pour tenter d’oublier cet événement et de changer ses idées. 

Un jour d’automne 1988, assis par terre dans sa chambre avec son fils dans ses bras, il se met à pleurer. 

À cet âge déjà il est multimillionnaire. Mais il sait qu’avec la vie qu’il mène il n’est qu’un cadavre ambulant. À 24 ans, déjà ⅓ de ses amis sont morts à cause de fusillades ou de l’usage de drogue. La moitié des survivants sont en prison. 

Cette nuit-là il va décider de tout abandonner, son statut dans la street, sa maison, ses voitures et tout le luxe. Tout ça pour se lancer dans le business du rap légitimement. 

B/ Ghetto Boys

“Car Freak” est le premier single des Ghetto Boys. J. réussit à faire passer leur single dans les boîtes de nuit. Même si le titre ne rencontre pas un grand succès, le single a eu le mérite de mettre en lumière les forces et faiblesses de chacun des membres. Mais aussi, surtout, d’obtenir un deal de distribution avec A&M Records. D’ailleurs, un DJ du nom de DJ Ready Red s’est joint à l’équipe suite à la sortie de ce son. Il devient le DJ attitré du groupe.

Pochette du single Car Freak de Ghetto Boys

Cette année, plusieurs mois après s’être lancé dans l’aventure de son label, J. vit endetté car le label coûte plus cher qu’il rapporte. Et comme il s’était retiré des “affaires de rue”, il s’avérait difficile de rendre rentable sa concession automobile. Lui qui était toujours connu pour avoir de l’argent était devenu pauvre. Payer les factures à l’heure lui devenait difficile. 

Aussi il décide de renvoyer son frère car il manquait séance sur séance. Il ne se présentait pas aux réunions importantes et commençait à se droguer au lieu de travailler. 

Cliff Blodget, un ingénieur informatique de Seattle, entend dire qu’une scène rap de Houston se construisait. D’un coup de tête, il prend toutes ses possessions dans son véhicule et sillonne tout Houston pour en être. 

Notamment il a entendu parler des Ghetto Boys. Finalement, quelqu’un le dirige vers la concession automobile de James. Ils discutent ensemble et deviennent partenaires. Cette rencontre est un salut pour J Prince. 

Ghetto Boys sortent leur 1er album: “Making Trouble”. Il n’est pas non plus un grand succès mais permet de se construire une fanbase. Le rap de Ghetto Boys du début est du même style que celui de Run-DMC qui était très populaire à l’époque. Dans les thèmes, comme dans la forme. 

En rencontrant Vanilla Ice en boîte de nuit, J. l’invite au studio et Vanilla lui fait écouter ses sons. Parmi eux, “Ice Baby”. Il reste 2 semaines au studio. Il dit à Cliff de le signer car il s’occupait de l’administration du label et lui plutôt la promotion et d’attirer les artistes. Mais Cliff ne le fait pas car il ne croit pas en lui. C’est là qu’il prend conscience qu’il doit prendre la pleine responsabilité de son label. 

Cliff veut relocaliser Rap-A-Lot à New York, la mecque du Hip Hop. James n’est pas vraiment d’accord en premier lieu mais se laisse convaincre. 

Au final, l’expérience n’est pas du tout convaincante. Mais ce sera l’occasion pour J Prince de se reconnecter avec Lyor Cohen, un jeune manager de Rush Entertainment et Def Jam avec un fort accent israélien. Le courant passe très bien entre eux. Lyor, il l’avait rencontré une première fois à un concert de Run-DMC. Lors de son séjour à New York, il passera beaucoup de temps avec lui et chez Def Jam pour s’imprégner de l’atmosphère. Le jeune manager, réponds à toutes ses questions qu’il a sur le métier. 

Mais il ne se sent pas de rester à New York alors qu’il représente la ville de Houston, il décide de partir et demande à toute son équipe de retourner au bercail.

C/ Premier succès 

C’est en 1988 que celui qui fit ses débuts sous le nom d’artiste DJ Akshen signa sur le label Rap-A-Lot Records et intégra le groupe Geto Boys, tout comme Willie D, en remplacement de Sire Jukebox et Johnny C. 

Si le premier album du crew Making Trouble (1988) avec la formation d’origine ne fût pas un succès, ce changement de casting fera lui des étincelles avec un nouveau quatuor formé de DJ Akshen qui sera rebaptisé Scarface, Willie D, Bushwick Bill et DJ Ready Red. 

Un résultat à la hauteur des attentes avec, à la clé, un second album, “Grip it ! On That Other Level”, référence qui donnera au Southern Rap ses premières lettres de noblesse, mais aussi au label Rap-A-Lot son premier classique. 

Les radios locales contrôlées par des DJ de la East Coast boycottent le projet. Après avoir demandé plusieurs de passer les disques de ses artistes, J. dégage plusieurs DJ de Houston par des moyens peu conventionnels en leur faisant comprendre qui ne sont plus les bienvenus à Houston. 

En 1988, au sein du label “Def Jam”, Russell Simmons refuse de soutenir le groupe de heavy métal Slayer ainsi qu’à la suite d’une dispute avec Lyor Cohen. Rick Rubin part avec le groupe de métal à LA. Il crée alors le label “Def American”. 

À la suite d’une rencontre entre Rick et les Ghetto Boys, un contrat les liant est signé par les deux partis à travers Rap-A-Lot. Ghetto Boys devient Geto Boys. Rubin avait l’énorme machine de distribution de Geffen Records derrière lui, qu’il avait utilisé avec succès pour pousser des artistes controversés tels que le comédien Andrew Dice Clay et Slayer, un groupe de heavy métal à tendance satanique. 

Mais Geffen recule devant les Geto Boys, et refuse de distribuer leur album éponyme (même s’il contenait une grande partie de « Grip It on That Other Level » mais remixé et qui était déjà un succès avéré). Il faut dire que peu de temps avant, 2 Live Crew faisaient scandale par son langage cru et torride. Ce qui avait scandalisé les médias. 

Finalement, Rubin trouve un distributeur pour « Geto Boys » :Warner Bros. Et sur la pochette de l’album on y voit ce sticker: “Def American Recordings est opposé à la censure. Notre fabricant et distributeur, cependant , ne cautionne ni n’approuve le contenu de cet enregistrement, qu’ils trouvent violent, sexiste, raciste et indécent.”. 

Un LP qui donnera une seconde vie à leur classique et qui installera définitivement le groupe au premier plan de la scène rap, offrant au South un peu de lumière entre les 2 énormes mégalopoles de l’industrie que sont New York et Los Angeles. 

Et tout ça même s’il n’a pas atteint le même niveau de ventes de N.W.A ou 2 Live Crew qui ont reçu le même type de publicité.

D/ Le Sud est sur la carte !

James a signé l’accord avec Rubin parce qu’il voulait que David Geffen soit derrière le groupe. Mais vu la réaction de Geffen, il a pu convaincre Rick Rubin de se défaire de son contrat avec Def American. Puis réussi à conclure un accord avec Priority Record. 

Une fois qu’il était établi que Rap-A-Lot pouvait vendre beaucoup de disques, toutes les maisons de disques qui avaient refusé de travailler avec le label essayaient de reprendre contact. 

Mais ce qui était attrayant avec Priority d’après James, c’était qu’ils étaient un indépendant établi avec un important contrat de distribution, mais aussi, ils avaient des gens qui savaient comment travailler correctement les disques au détail. Ce qui était un avantage sur beaucoup de maisons de disques. 

C’est le 3ème album du groupe, “We Can’t Be Stop”, qui va vraiment faire exploser le groupe. Rubin ne sera pas impliqué dans le dernier album de Geto Boys. Rap-A-Lot a maintenant un accord de distribution avec Priority Records, qui a présenté le monde à N.W.A. We Can’t Be Stopped sera certifié Or puis Platine début 1992. 

L’histoire derrière la pochette de l’album est tout aussi incroyable. Bushwick Bill qui a 25 ans à ce moment-là en 1991 s’est drogué au PCP et après avoir bu une bouteille d’alcool Everclear qui peut atteindre 95°, s’est tiré dessus dans l’oeil après une dispute avec sa copine. 

Une autre version, tirée d’une interview de Vice avec lui en 2016, suggère que c’est sa mère qui lui a tiré dessus après que Bill ait élaboré un plan, sous l’influence de boissons et de médicaments, pour gagner de l’argent grâce à une arnaque à l’assurance. 

Quoi qu’il en soit, la photo qui figure sur cette pochette d’album a été prise peu de temps après que Bushwick Bill a été pris en charge par l’hôpital. Scarface, Willie D et plusieurs associés de Geto Boys ont convaincu Bill de prendre une photo à l’hôpital pour la couverture de l’album, et il l’a acceptée. 

Le single « Mind Playing Tricks On Me »,  l’hymne de la paranoïa la plus célèbre du hip-hop va inspirer toute une génération de rappeurs à rimer sur le stress du style de vie gangsta. 

Ce single avec précédemment “Assassin” et “Mind of a Lunatic” vont contribuer à jeter les bases de l’émergence du genre horrorcore. 

La version clean de « Mind Playing Tricks » montera jusqu’à la position 23 du Billboard Hot 100. Et cela sans support des radios. 

Il aura fallu 7 ans pour J Prince et le groupe Geto Boys pour enfin connaître un vrai succès et gagner le respect du Hip Hop New-Yorkais. Les lecteurs de The Source, un magazine hip-hop réputé, ont élu “Mind Playing Tricks On Me »comme meilleur single de rap de 1991.

D/ Influence & Smoke-A-Lot Records

 J Prince a ouvert la voie que tout le monde put suivre. Il a commencé à sortir un nombre fou de disques par an. Aucun label ne fonctionnait comme ça à l’époque. C’est la formule qu’ont suivi No Limits, Cash Money et Suave House, trois autres labels du Sud. Ils ont tous eu de la réussite. 

J. a réussi à contourner le boycott et le contrôle de la East Coast et à réussi à reconquérir le Sud. Parfois par des manières pas très jolies. 

Mais ses actions ont porté leurs fruits. C’est une des explications pour laquelle le Hip Hop du Sud est si dominant aujourd’hui. À un moment donné, Rap-A-Lot n’était pas seulement le plus grand label de Houston, mais l’ensemble du Sud. 

D’après Prince, dans une interview accordée à la NPR en 2012, « c’était comme des mouches pour le miel », comme les rappeurs sont venus au Rap-A-Lot au milieu des années 90. 

En dehors de Geto Boys et de ses membres, le label a donné un coup de fouet aux carrières de Devin the Dude, Slim Thug, Lil Keke, Z-Ro, Trae, Pimp C, Bun B, Lil Flip et d’autres. 

C’était aussi un label incontournable pour des groupes et artistes en dehors de Houston, comme Do or Die, Yukmouth, Luniz, Outlawz et plus encore. 

Les albums les plus remarquables de Rap-A-Lot comprennent l’album éponyme de Geto Boys, The Diary de Scarface, Trill de Bun B, Pimpalation de Pimp C, Devin the Dude’s Waiting to Inhale et Somethin’ Serious de Big Mike.

À la fin des années 1990, l’attention du hip-hop est passée des côtes Ouest et Est vers le Sud. Le fondateur du label NY Def Jam Russell Simmons voulait capitaliser sur le succès du rap du sud. Il a recruté Scarface, une légende du rap du sud et ancien membre des Geto Boys pour diriger le label et, en 1999, le label a été créée. 

En 1994, le rappeur californien Yukmouth membre du groupe Luniz, fonde Smoke-A-Lot une filiale de Rap-A-Lot. Il est distribué par Rap-A-Lot et Asylum, et abrite des artistes tels que The Luniz, Dru Down, Thug Lordz, The Regime et Yukmouth.

III – De nos jours

  Bientôt, ils devinrent la version de Def Jam de Houston, abritant des artistes tels que le Z-Ro (au début des années 2000 après son passage avec Screwed Up Click), Devin the Dude, Do or Die, Big Mike, et les deux membres de UGK, qui ont chacun sorti des albums solos très acclamés sur l’étiquette. 

En 2015, James Prince a obtenu à Cash Money pour la mauvaise gestion présumée des redevances de Drake. Le fils de Prince, Jas Prince, est crédité d’avoir découvert Drake et de l’avoir porté à l’attention de Lil Wayne à son empreinte Young Money Entertainment. 

Jas a finalement réglé son procès de 11 millions de dollars avec Cash Money et son empreinte Young Money sur l’affaire. Lil Wayne a même exprimé son empressement en 2016 à faire du Rap-A-Lot sa maison une fois sa bataille juridique terminée.

III – Quelques artistes signés

IV – Hits

Geto Boys « Mind Playing Tricks On Me » (We Can’t Be Stopped) 1991

Geto Boys « Damn It Feels Good To Be A Gangsta » (Uncut Dope: Geto Boy’s Best) 1992

Facemob « The Other Side Of The Law » (The Other Side Of The Law) 1996

Scarface ft. Ice Cube « Hand Of The Dead Body » (The Diary) 1994 

Bun B, Pimp C, Young Jeezy, Jay-Z & Z-RO « Get Throwed » (Been Trill) 2005

Geto Boys « Crooked Officer » (Til Death Do US Part) » 1993

Scarface ft. Tupac « Smile » (The Untouchables) 1997

Geto Boys « Assassins » (Making Trouble) 1988

Po Pimp ft. Twista & Johnny P « Do or Die » (Picture This) 1996

Get Boys ft. Flaj « The World Is A Ghetto » (The Ressurection) 1996

VI – Sources

https://hypebeast.com/2017/4/supreme-rap-a-lot-records-10-facts

https://www.npr.org/sections/therecord/2012/01/23/143799814/it-was-like-flies-to-honey-25-years-of-rap-a-lot-records

J Prince talks History of How he built Rap-A-Lot, Son Discovers Drake, and New Book Details Ep 88

4 réponses sur « Hip Hop Stories – Les labels – Rap-A-Lot Records »

Hey, content d’entendre un podcast et de lire un article en français qui évoque les Geto Boys ! Trop méconnu, voir trop méprisé en France, peut-être parce que trop salace !
Récemment, je me suis fait plaisir en écrivant une petite nouvelle fantastico-hip hop sur le regretté Bushwick Bill, si ça vous dit d’y jeter un oeil : http://zuunzug.com/2021/01/27/billy-melpomene/
En tout cas, très cool votre série sur les labels US ! En attendant la suite…
Cheers!

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